samedi 13 novembre 2021

LE BLUES DE BRUAY

 Bruay, Pas de Calais.

Reflets bleutés des terres noires sur le ciel miroir enfumé.

Nuages gris et grèges s’agrégeant à la pluie translucide.

Goutte à goutte sur les tuiles oranges des toits.

Arc en ciel naissant. Ombre et lumière du pays d’Artois.

Rayon solaire solitaire en poursuite sur les murs de briques rouges.

Teinte anthracite terne des tôles  ondulées.

Garages abandonnés.

Les mômes sortent du collège Albert Camus par grappes en criant.

Bruay, Pas de Calais.

Mon coeur fêlé clapote.

J’écoute en vain, le souffle hypothétique de la vieille locomotive.

Mais la gare est déserte.

Bruay, Bruay, 2 minutes d’arrêt.

Terminus sans voyageur.

Mon cœur fêlé clapote au son désaccordé d’une vieille guitare.


En route, mon Blues, je dois rentrer.

Écoute, écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé.

Écoute,  écoute mon Blues, je dois rentrer à Bruay, Pas de Calais.



Bruay, Pas de Calais.

Je m’arrête au Café des Amis sis rue Jules Guesde.

Le vrai zinc populo comme tu les aimes mon bobo.

Entends-tu l’écho  des voix ?

 Ce parlé rustre et rude,

 ce parlé boyau rouge pur et dur,

 ce patois d’Artois minier, Pas de Calais. 

Aimes-tu ces Amis, mon bobo ?

Oui, c’est sûr.

Ecoute mon Blues de Bruay qui roule comme

ce parlé  boyau rouge pur et dur, ce patois d' Artois minier, Pas de Calais.

Ecoute ce blues qui coule dans mes veines comme la bière.

Bruay, Pas de Calais.

Je suis seul, accoudé au comptoir avec mon blues.

Coup de canon. 

Voici, sonné l’heure de la première pression.

Le liquide d’or remplit la chope inclinée à 20°.

La mousse immaculée la chapotte.

Sainte Vierge !

Bois mon blues de Bruay.

Bois le jusqu’à la dernière goutte.

 Hey l’Ami, je suis ivre désormais.


En route, mon blues, je dois rentrer.

Écoute, écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé.

Écoute,  écoute mon Blues, je dois rentrer à Bruay, Pas de Calais.



Bruay, Pas de Calais.

Voici mon Blues et mon quartier. 

Dédale de briques.

Architecture minimaliste.

Cubes rouges identiques.

Alignements parfaits.

Écoute, écoute l’écho de mon Blues.

Il se répercute sur la brique.

Hey l’Ami,  écoute le Blues des corons.

C’est canon.

Bruay, Pas de Calais.

Je vogue en pirogue sur un fleuve de goudron.

Écoute mon Blues du Nouveau Monde.

Écoute celui d’Afrique.

J’accoste les rues de Dakar, 

Gambie,

 Gabon,

Canada,

Etats-Unis,

Patagonie.

Mexique.

Ecoute ce Blues qui s’agrippe à ta gorge

comme le goudron d’une gitane bleue sans filtre toxique.

C’est canon.

La fumée bleue des souvenirs enveloppe les briques.

Écoute mon Blues du mineur de fond.

Il crache, crache sa bile dans le ruisseau

comme Gavroche.

La faute à Voltaire.

La faute à Rousseau.

La faute aux Houillères.

Poussières, poussières noires des souvenirs.

Écoute, l’écho roque de sa voix, sans filtre, sans souffle. 

Écoute mon Blues,  le Blues du mineur de fond.

Il meurt lentement.

Son visage bleu, émacié, mangé par le masque à oxygène.

Ses poumons durs comme une gaillette ou un boulet de charbon.


En route, mon Blues, je dois rentrer.

Écoute, écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé.

Écoute,  écoute mon Blues, je dois rentrer à Bruay, Pas de Calais.



jeudi 11 novembre 2021

Artois Lointain

  Bruay en Artois Pas de Calais. Fin des mines.  Les poutres des chevalets rouillent. Fosse 6. Une bande de punks à crêtes squattent la salle des pendus en ruine. Ils écoutent le son pourri d’un radio-cassette.

Écho sépulcrale de la cathédrale romane en  brique sans Christ. Suspendus aux câbles ils miment la mort et le passage vers le néant. La stéréo crache. Ian Curtis  pose sa voix ténébreuse. Mélopée mélancolique embrumée. Comme à l’ Hacienda de  Manchester.

Ian Curtis se déhanche une dernière fois. La lumière blanche des projos accentue la blancheur spectrale de son visage de fantôme. Décharges électriques de la musique, distorsions, larsens lui tordant l’épine dorsale. Transe chamanique post-industrielle. Crise épileptique ultime. Tout se consume ici  bien au nord du 45ème parallèle en ces contrées lointaines, minières et Post industrielles, Manchester,  Bruay en Artois même combat.

Bruay en Artois. Nous habitons dans une cité du quartier de la gare. 3 cubes et une barre d’HLM en béton posés sur des tapis de pelouse. Murs de petits carreaux façon mosaïques et crépis jaune, orange et blanc. Fenêtres identiques où se reflète le soleil d’avril qui carambole les nuages d’hiver laissant apparaître l’azur et faisant vibrer les peupliers. Nous sommes cernés par la brique rouge des corons. Cette citée est un îlot de verdure et de béton. Rouge brique tout contre gris béton.


LE BLUES DE BRUAY

  Bruay, Pas de Calais. Reflets bleutés des terres noires sur le ciel miroir enfumé. Nuages gris et grèges s’agrégeant à la pluie translucid...